Tradition des tarots de Marseille

Un forum créé par Laurent EDOUARD et géré par Chèvre

Vous n'êtes pas identifié.

Annonce

A la mémoire de mon ami Jean-Claude FLORNOY. Pour vous inscrire adressez simplement votre requête à Laurent ÉDOUARD via son site ou à Chèvre, ici, en indiquant le pseudo sous lequel vous souhaitez participer.

#1 06-12-13 07:19:43

Aliboron
Membre Impératrice
Lieu: Menton
Date d'inscription: 27-11-13
Messages: 12

Tarot : origines médiévales de son hermétisme ?

Bonjour à tous.

Préambulatoire.

Ce qui suit n'est qu'hypothèse au sujet de la nature de l'hermétisme qui se nicherait dans quelques tarots. Donc, mes divagations se cantonnent peu ou prou dans l'histoire des idées, comme on dit, et elles n'ont pas la prétention, même masquée, de remettre en cause la grande variété d'approches possibles de ce Jeu.  La numinosité particulière de ces Ymages-centaures (comme dit Alleau)  s'y prête, pour le meilleur et pour le pire, mais ce n'est pas mes oignons. "Pas plus de rassemblement ! Que chacun porte, que chacun aille selon la discipline de son propre  cheval macabre"; disait un poète...

En revanche, j'avoue avoir quelques difficultés à entendre sans broncher la ribambelle de délires "historicisant"ses origines, à grand renfort d'occultismes indigents. « La vérité émerge plus facilement de l'erreur que de la confusion » (Francis Bacon). Aussi, s'il se trouvait que mes ruminations dérangent des "certitudes-ésotérik", en cas d'échange je prie leurs apôtres d'avoir la courtoisie d'étayer leurs arguments, de sorte que celà ressemble plus à un échange d'idées que de "croyances".

Enfin, que Charly (ou sa garde rapprochée...) ne prenne pas ombrage du fait que,  pour placer ma camelotte, je semble ne m'en prendre qu'à sa  thèse. Vu le niveau général des autres publications, je n'avais guère le choix... hi hi, car dans les grandes lignes je suis d'accord avec lui, même s'il y a de gros détails qui me chiffonnent. Ainsi, malgrè les apparences, tel Jacob au gué du Yabboq, je me bats non pas contre mais avec lui. Hommage donc ici à ce grand absent. 

    Introduction.

De l'origine médiévale des tarots ?

Mon hypothèse part, entre autre, d'une pertinente remarque de Flornoy (in "« la symbolique des arcanes : un pélerinage de l' âme »), où, face au problème du chainon manquant : "De nombreux historiens et analystes du tarot se refusent à établir tout lien entre la brutale apparition "ex nihilo" des naïbis en Italie du nord en 1375/77 et la civilisation du moyen-âge. La raison en est probablement le chaînon manquant"...  il soutient, lui, que ce sont "le graphisme et les thèmes de l'imagerie qui font les liens."

Malheureusement, au lieu de développer cet indice, il s'embarque dans d'aventureuses considérations dont une surévaluation du rôle des cagots, et autres persécutés. Tentation fréquente quand on s'interresse à un domaine n'ayant pas la faveur du prêt à penser contemporain, se trouver de prestigieux "ancêtres", eux aussi mal vus.... On se sent moins seul; je ne lui jette pas la pierre.

Pourtant l'argument tiendrait bien la route, ne serait-ce qu'en recourant aux seules lumières de l'histoire de l'art et de l'histoire tout court. On sait maintenant, grace aux travaux d'historiens plus préoccupés du réel que d'idéologies (Y. Renouard, A. Sapori, F. Mèlis, Lucien Febvre, Jacques Heers, etc...) que cette Renaissance fut, avant tout, un coup de force politique s'appuyant dans un 1er temps sur les "nouveautés"  artistiques imposées par quelques courtisans. Fait accompagné d'un dénigrement aussi systématique qu' imbécile de l'époque antérieure, (gothique et roman mis dans le même fourre-tout). On reprochait à ces anciens d'avoir perverti et égaré, dans une méprisable décadence "barbare", l'héritage de la Rome classique, alors remise au goût du jour. Poncif ayant la vie particulièrement dure, puisque ce n'est que récemment qu'il fut remis en question.

Aussi, quand Charly  nous affirme que certains tarots sont fourrés d'hermétisme façon Marsile Ficin, soit : celui résultant "de la rencontre entre une gnose non-chrétienne enracinée en Egypte, et, un platonisme lui aussi antique", moultes questions surgissent dans mon esprit asin, je vais y venir. Celà dit, je m'incline définitivement devant les brillantes démonstrations de Charly visant à nous faire découvrir la haute teneur en hermétisme de ces tarots, même si à mon goût il assimile un peu abusivement l'hermétisme et une de ses "applications", certes majeure, l'alchimie.

Donc tout d'abord, et par soucis de clarté, je vous dois de re-caser ici (plutôt que dans la rubrique "coming out") ce que me semble être l'hermétisme. Je tentais d'y répondre à une question et ma réponse en suscita une autre de la part de Chèvre, qui ne voyait pas en quoi la Légende Dorée, de J. De Voragine, relevait de l'alchimie... 

- Je lui répondis ceci : Observe que je n'ai mentionné la Légende Rodée qu'en réponse à la question portant sur d'autres oeuvres hermétiques médiévales que le Roman de la Rose et la Quète du Graal; et c'est toi qui "spontanément" fait équivaloir hermétisme et alchimie. Sans doute la conséquence d'un amalgame souvent commis par les ceussent qui aujourd'hui ne regardent ce domaine qu'à travers le prisme d'un athanor...

Abus facheux pour plusieurs raisons; la 1ère étant qu'avec le seul corpus de textes alexandrins ayant servi à introniser cette appellation, on serait bien en peine d'oeuvrer au fourneau. Ensuite, ainsi que l'écrivait le père Festugière, grand traducteur de cet indigent et pompeux bric à brac (où l'on trouve néanmoins quelques rares pépites) est constitué de textes pouvant être rangés en deux catégories théologiquement inconciliables. Donc peu de cohérence interne, y compris sur le plan allégorique et symbolique.

Plus en rapport avec notre sujet, l'hermétisme au sens plus large qu'a pris ce terme dans l'ésotérisme islamique et/ou chrétien et où il désigne une "physique" synthétique affirmant l'unité de l'univers, et donc la science (aussi subtile que complexe) des correspondances entre Ciel et Terre. Et, par voie de conséquences, leurs modes d'applications. 

   Au premier rang desquels astrologie et alchimie font certes la paire, mais en compagnie de la typologie sacrée, de la médecine hyppocratique, de la géomancie, du tarot (?), etc... Noter que la kabbale juive occupe également la même niche, soit ce monde intermédiaire de relations dynamiques, avec l'Homme au centre de cet X... ainsi que le résume bien "Dialogue avec l'ange" qui le place au milieu de son chandelier figurant d'un coté les trois règnes d'ici bas, et de l'autre les trois marches, angéliques, en regard.

Bref, nos monothéismes n'ont pas attendu la "découverte" de ce corpus à la Renaissance pour se formuler ces "traffics d'influences" et, si le lexique et la syntaxe alchimique sont souvent réquisitionnés pour l'ex-primer, cette commodité a plus de rapports avec le thème d'une transmutation de l'humanité (son cosmos inclus) qu'avec l'alchimie laborantine; même si ET PARCE QUE les deux consonnent.

A cet égard, le fameux humanisme de cette Renaissance n'est que la pâle copie, qui plus est en voie de laïcisation (et donc de dé-magnétisation), du mythe de l'Homme Universel commun aux trois abrahamismes, axe majeur en ce domaine.

Humanité pouvant également être prise au sens "perso" de tout un chaque-Un. Dans cette perspective, ce que l'eschatologie collective nous réserve, peut être comme anticipée initiatiquement. L'alchimie dite "du bonheur" d'Ibn Arabi, ou la Divine Comédie du Dante, par exemple, relèvent de cette ambition. Laquelle est la dominante, et ne suppose pas nécéssairement un passage par l'alambic.

Pour finir, il convient de se rappeler que notre hermétisme (alchimie inclue) doit la majeure partie de sa "grille de lecture" à la gnose jabirienne, transmission effectuée à l'époque des premiers établissements des ordres chevaleresques en Orient, dans les premières années du XIIème siècle. Connaissances qui, nous informe René Alleau, semblent déjà oubliées dès la fin du XVème. Bref, on n'a pas attendu Marcile Ficin pour assister le miroir des sages en ses réflexions...

Ainsi, avant de nous etre transmise, cette gnose est passée, comme le rappelait Alleau, au creuset jabirien, qui, aux pieds de son Imam, en a "fixé" le Récit et les articulations. Catalyse "vivifiant" l'assemblage des composants retenus, de telle sorte qu'il ne s'agit pas/plus d'un synchrétisme bidouillé (façon Alexandrie), mais d'une "entité" mythique vivante, organiquement coherente et efficiente, où le tout est plus que la somme des parties. Un eggregore si l'on y tient...

Il y a une analogie à souligner entre le processus chymique, où la "table des matières" doit etre validée par le Donum Dei (attracteur étrange, comme on dit maintenant), pour etre opérationnelle; et l'incidence d'un influx spirituel (baraka) sur une congrégation de "materiaux" mythiques, destinés à servir de combustibles à une voie spirituelle. Bref, que suite à cet offertoire, l'empreinte matricielle jabirienne primera définitivement et ne s'accommodera des modes d'expression ultérieurs que s'ils con-spirent avec l'original. Ce qui "permet" de faire également le chemin inverse...

En prîme : pour ma part, et contre l'avis de grands spécialistes de la spécialité (à coté desquels je resterai un obscur amateur, hi hi...), je vois la résurgence de cette divine Gnose dans... les fulcanelli (ce, malgré Champagne), ainsi que chez quelques rares "affiliés" à cette R+C de toujours et de jamais : par exemple, Alleau et l'adepte anonyme dont Trojani, dans son "Grand Oeuvre Dévoilé", nous rapporte les méditations.

Voilà, j'ai fini mon flash-back. Revenons-en donc aux assertions de Charly, ou plus précisemment aux rares trâces qu'elles ont laissés sur ce site.

Primo, je ne vois pas du tout l'intérét de publier ces "mutus liber" (censés véhiculer l'hermétisme tel que revu et corrigé par les néo-platoniciens de la Renaissance) à une époque où l'on pouvait éditer autant de livres d'alchimie qu'on le souhaitait. Et particulièrement ceux se réclamant de cette mouvance. 

Bref, qu'apporteraient-ils donc de plus que les autres, et qui ne supporterait pas d'être transmis plus "lisiblement" ?

Justifier cet hermétique mutisme en les rangeant dans la même case que le Mutus Liber d'Isaac Baulot ?  Question alchimie, le moins que l'on puisse dire c'est que ce dernier est, contrairement aux tarots, un bavard impénitent...   à commencer par le fait qu'il n'y a même pas besoin de se piquer d'hermétisme pour  saisir que l'iconographie renvoie indubitablement à la pratique chymique.
(En passant, il y a néanmoins un symbole que partagent ces deux "muets"; leurs soleils sont identiques... j'y reviendrai un jour si possible).

Deuzio, et c'est là qu'à mon humble avis la thèse de Charly n'est pas vraie-semblable : la volonté stylistique de faire du "médiéval"... pour véhiculer un enseignement "découvert" et promu à une époque où tout ce qui se rapportait au moyen-âge (et ce, surtout dans le domaine artistique) était méprisé. Sans être grand clerc en la matière, il suffit de peu d'études pour vérifier à quel point le moyen age était alors honni, dévalué, bouc émissaire, etc.... bref, la bête noire par excellence !

Préjugé des plus commodes pour se croire "moderne" à peu de frais, et qui persistera aux siècles suivants, sans débander. Il faudra attendre les années 1720 pour voir un "gothic revival" (au service d'un nationalisme) s'amorcer en Angleterre où il restera circonscrit;  et encore un siècle de plus, pour que les Romantiques, friands d'archaïsmes,  revalorisent (un chouïa) ces "temps barbares" en europe. Quant aux manuels d'histoire, leurs chapîtres sur le moyen age  ne seront enfin revisités et rectifiés que dans la 2ème moitié du XXème siècle....

Pour en revenir à nos cartiers, même si comparaison n'est pas raison, imaginez dans les années 1940 un artiste au service du parti nazi tentant d'illustrer Mein Kampf en recourant au mode d'expression plastique des peintres tenus alors pour des "dégénérés".... Bon courage.

Si de nos jours les "plasticiens" sont (relativement) libres d'aller pomper ponctuellement un style dans les époques antérieures, pour se faire plaisir, jadis il n'en était pas de même. L'art pour l'art n'existait pas encore... Les mécènes et l'air du temps étaient beaucoup plus exigeants quant à la fonction de l'Art, et ce, particulièrement en cette Renaissance où il servait de cheval de Troie à des intérêts peu artistiques. Voir par exemple, de Jacques Heers, "le moyen-age, une imposture".

En outre, j'ai beau chausser mon pif de toutes sortes de besicles, je n'arrive pas à trouver en ces tarots le moindre indice d'égyptomanie, ni d'allusion à l'antiquité classique. Ce qui serait un minimum, non ? Voyez donc la multitude d'oeuvres picturales qui, à partir justement de cette Renaissance, se proposeront d' "illustrer" ou de faire allusion à cet hermétisme. Le tarot de Mantegna en est un bon exemple. Bref, il saute aux yeux que nos maîtres cartier ne recourent pas du tout au répertoire symbolique, relativement convenu, alors en vigueur.

Diantre ! Mais alors pourquoi donc cette "médiévalitude", dirait Ségolène, et qui prend délibéremment l'escalator esthétique en sens inverse de la marche ?
Se pourrait-il que ce "retour de Martin Guerre" relève d'une même approche que celle des Gobineau de Montluisant et Fulcanelli ?  Soit, les quelques rares originant leur Art Sacerdotal en ces temps reculés et très chrétiens.

La suite au prochain numéro....
Cordialement
aliboron


Numquid resina non est in Galaad ?

Hors ligne

 

#2 06-12-13 13:39:23

l'Errant
Membre Monde
Date d'inscription: 19-06-09
Messages: 1594
Site web

Re: Tarot : origines médiévales de son hermétisme ?

D'ordinaire les As-ne parlent point, mais celui-ci est prolixe et brillant ! En attente de la suite..


Autour De Celui Qui Sait S’emerveiller, Eclosent Les Merveilles. La Plus Grande Merveille Est – L’homme.
"Les dialogues avec l'ange"

Hors ligne

 

#3 04-01-14 16:07:45

Logos Rider
Membre Maison Dieu
Date d'inscription: 11-06-09
Messages: 431

Re: Tarot : origines médiévales de son hermétisme ?

Bonjour à tous !

Attiré par l'odeur... je fais escale chez vous !
Merci à Aliboron pour ce texte qui "ouvre le paysage" en posant de sacrées questions. La remarque sur la volonté de faire du médiéval à cette époque est en effet troublante.

Quelques points me posent problème :
- si l'hermétisme, comme "science des correspondances", est à distinguer de ses modes d'applications (alchimie, astrologie, tarots, etc) ... Faut-il entendre par cet hermétisme, cette "entité mythique vivante" qui vit au-delà de ses formes, mais qui pourtant - il me semble - n'a pu être conçu qu'à travers les formes ? Ou alors il faut comprendre que le langage mythique est le plus "neutre" et primitif des langages, et les applications hermétiques en sont des sophistications.

- Qu'est-ce-que la typologie sacrée ?

A bientôt
Rémy

Hors ligne

 


Pied de page des forums

Propulsé par PunBB
© Copyright 2002–2005 Rickard Andersson
Traduction par punbb.fr
Maintenance : DR Création
Hébergement du site assuré par : DR Création